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9 février 2013 6 09 /02 /février /2013 15:47

En cette belle journée ensoleillée, je m'apprêtais à me tirer sur les poils, histoire de faire n'importe quoi plutôt que de rédiger un pavé d'inepties sur la révolution de 1830 et ses implications romantiques dans l'épistémologie de la littérature révolutionnaire. 

Pendant que la batterie de mon taille-haie électrique rechargeait avec ma gégène d'appoint , je suis allée lire ceci , ce qui nécéssitait de lire aussi cela. Alors que fondaient les fusibles de l'immeuble et couinait Monsieur Ficus qui ne pouvait plus suivre sa série pour adolescentes, je me suis interrogée sur la portée de ces articles.

Je l'ai ressenti comme ça: "bon alors, ok j'ai dit que les femmes qui s'arrachent les poils le font parce qu'elles ont intégré l'oppression et la dictature de l'image imposée par la société patriarcale machiste, mais quand elles ne se sentent pas opprimées et le font quand même, c'est parce que leur rejet du poil est induit par une construction sociale".

En gros, la Femme, t'as pas 36 solutions: soit tu le fais parce que tu es une victime et que tu prends pour argent comptant tout ce que te dictent les magazines-vagin (BibaElleJeune&JolieFigaroMadameGlamour), soit, si tu ne te sens pas opprimée plus que ça et que tu le fais parce que tes poils t'emmerdent pour des raisons qui te sont propres,  tu es malgré tout un mouton incapable de penser par toi-même et tes goûts personnels (ton libre arbitre) te sont dictés par la société, parce que le fait de ne pas aimer les poils ne peut ontologiquement pas être un dégoût personnel, il est forcément social. 

Je caricature un peu, d'autant plus que j'apprécie ce blog, et je vous invite à le lire. Cependant, cela traduit bien les questionnements intrinsèques du féminisme. Comme j'ai coutume de le dire, il y a autant de féminismes qu'il y a de féministes. Le féminisme est avant tout une réaction à une oppression immédiate. L'ennui, c'est que cela donne parfois lieu à une réponse oppressive, dominatrice, arbitraire et que la tendance "je-suis-plus-antisexiste-que-toi", tout comme la tendance "je-suis-plus-gauchiste-que-toi" tend parfois à reproduire exactement ce que l'on dénonce.

http://25.media.tumblr.com/2a24d83646a8cd8fb3d73c31755a5896/tumblr_mh11kbK9SY1r3r0x4o1_500.pngJe tiens à signaler que toutes les féministes à cheveux roses ne sont pas des méchantes.

 

Ce qui semble être le facteur déterminant de la dimension oppressive, c'est la douleur: la guerre du poil est douloureuse, porter des talons te nique le dos et meurtrit tes arpions, mettre une jupe t'handicape, un string te scie la raie, un soutien-gorge remonte-nibards te compresse la poitrine. Tu es maso, la Femme, tu es prête à t'auto-torturer pour souscrire à ce que la société attend de toi, tu as complètement intégré le principe bidon selon lequel "il faut souffrir pour être belle".

Sauf que je suis objectivement grosse et moche. Donc je "souffre" pour quoi? Parce que j'ai intégré que la femme doit souffrir pour expier sa condition de créature démoniaque dépourvue d'âme? Pour tenter de me rendre socialement acceptable? Sauf que je suis tout sauf socialement acceptée. Et ça va, merci.

Et qu'est-ce qui vous dit que je souffre? J'ai eu droit à ma première (et dernière) épilation à la cire à 12 ans, parce que j'étais complexée par une connasse, conne comme on peut l'être à 12 ans, qui s'était foutue de ma gueule UNE SEULE FOIS. A 12 ans, tu n'as pas encore la réflexion nécessaire pour affronter une quelconque stigmatisation. Ca m'a fait affreusement mal, depuis je me rase les poils ou je me tartine de crème dépilatoire. Donc j'ai pas mal. Pourquoi je fais ça, alors que je devrais, en tant que vraie féministe, exhiber fièrement ma pilosité?

Parce qu'une tatoueuse géniale et talentueuse a réalisé un portrait du Joker sur ma jambe gauche, et laisser des poils dessus, ça reviendrait (toutes proportions gardées bien sûr) à dessiner une moustache sur la Joconde.

Pourquoi je me rase la chatte? Parce que j'ai lu dans des magazines-vagin que c'était ce que les hommes préfèrent? Je ne lis pas de magazines-vagin. Et même si c'était le cas, est-ce que j'appliquerai à la lettre ce qu'ils m'enjoignent à faire? Je lis Barricade (que je vous recommande) en ce moment, est-ce pour autant que je vais dépaver le centre-ville pour édifier un monticule quelque part?

Si je m'épile "en bas", c'est parce que lors d'une pénétration vaginale, le tirage de poils m'arrache des larmes de douleur. De même, Monsieur Ficus se rase "en bas" pour m'éviter de bouffer du poil et m'irriter avec lors de frottements conjugaux de bon aloi.

Photo0280

Une chatte à poils longs, donc vraiment féministe et pas soumise à l'injonction de l'éradication du poil (oui, je sais...)

Pourquoi je me rase les aisselles? Parce que j'ai remarqué que la transpiration me grattait moins sans mes poils. Et aussi parce que quand mon tatoueur adoré me pique sous le bras, le sang, l'encre et la vaseline couleront plus facilement et n'iront pas s'agglomérer dans mes poils.

Plus généralement, pourquoi je porte des robes, des jupes ou des shorts? Parce que quand il est fait 30°je vais pas porter un jogging. Parce que c'est politique de déambuler en jupe, en robe ou en short  et ainsi affirmer mon droit à me fringuer comme je veux. Et puis, pour avoir été sifflée en jean pourri+t-shirt pour hommes, je puis garantir que rien ne vous protège de l'oppression permanente des comportements machistes. Ce n'est pas à nous de nous habiller "decemment", c'est à eux de ne pas violer, de respecter, de nous foutre la paix.

Pourquoi je porte des soutien-gorge et assume un décolleté de pute (ou considéré comme tel, parce que perso j'ai rien contre les putes, au contraire) Parce que j'ai des gros nichons et que sans soutif, j'ai mal au dos.

Pourquoi je porte des talons hauts? Parce que j'aime bien. Quand ils me font mal, je les enlève, point barre. Et si on va par là, les Creepers, ce sont des talons compensés, donc je suis aussi victime des diktats de la société quand j'en porte? Les Doc Martens font mal aux pieds, tout comme les ballerines, et même parfois les baskets, donc à partir du moment où j'ai mal, c'est une preuve de plus que je fais tout ça pour les autres et pas pour moi? L'idéal, c'est de se balader en chaussons, pour être cohérente avec mes revendications féministes?

http://a397.idata.over-blog.com/1/13/35/53/Janvier-09/pantoufle1.jpg

La quintessence de la subversion de la norme. Ah ben vous pourrez pas dire que c'est un goût construit par la société pour le coup.

Pourquoi je me maquille? Parce que ça me rappelle les spectacles de danse quand j'étais gamine et parce que dans une autre vie j'étais une drag queen. Me tartiner comme une pouffiasse avant une soirée/concert/beuverie/sacrifice humain, ça me met d'humeur festive parce que mon inconscient associe le maquillage à un moment festif.

Pourquoi je me vernis les ongles? Parce que j'aime jouer à la patouille avec de la peinture, comme quand j'étais gamine et qu'on se défonçait à la peinture industrielle dans des endroits confinés parce que l'intoxication aux métaux lourds, en 1991, c'était pas considéré comme dangereux.

Tous ces arguments, qui me sont propres, Super Féministe refuse de les entendre. Pour Super Féministe, je ne suis qu'une construction sociale sur pattes qui a intégré son oppression et qui refuse de voir la vérité en face. Pour Super Féministe, je fais tout ça pour plaire aux hommes. C'est-à-dire l'enjeu fondamental. Vous noterez que les lesbiennes qui se maquillent, qui s'épilent et qui portent des robes n'existent pas dans le monde de Super Féministe.

Du reste, c'est compréhensible, car ce que la société attend de toi la Femme, c'est que tu te reproduises. L'injonction est parfois explicite (les conseils pour se trouver un bonhomme) parfois insidieuse (comment se sentir bien en étant bonne bien dans son corps et ce genre de conneries) dans les magazines-vagin, la finalité reste la même. Tu dois te rendre désirable la Femme, selon la norme, parce que les mâles ont calibré leurs désirs sur cette norme alors à toi de la suivre. Sur ce point, oui, je reconnais l'oppression.

Mais je m'en fous des hommes, moi. J'en ai déjà un. Et j'ai pas eu à faire des efforts démesurés pour le séduire. Super Féministe monte au créneau: tu es une victime puisque tu fais tout ça pour plaire à un homme et le garder, roulure.Tu te soumets au patriarcat de ton plein gré. Alors si je me sens flattée quand j'apprend que Beau-Papa m'a trouvée jolie, je ne réalise pas à quel point c'est une remarque patriarcale de sa part, puisqu'il me donne son approbation de mâle dominant et par là même encourage mes efforts pour être soumise aux injonctions à être belle? C'est pas juste parce qu'il gâtouille avec moi et qu'il me trouve jolie même avec le nez qui coule et des yeux de panda?

 Sauf que quand je vaque à mes occupations (cirer le zinc, patauger dans la bière à un concert, manifester...) Monsieur Ficus n'est pas là, mes artifices de radasse opprimée et consentante ne sont donc d'aucun effet sur lui. Et si je faisais "tout ça" pour lui, comment expliquer que quand je retourne à l'état sauvage après une brusque crise de culpabilisation quant à l'état embryonnaire de ma thèse, poils au vent, sweat à capuche, culotte qui baille et cheveux gras, il me trouve toujours désirable?

Je sais bien que mon cas ne fait pas jurisprudence. Que l'injonction et le choix de la suivre ou non participe à l'oppression de certaines femmes. Mais laissons le bénéfice du doute aux femmes qui affirment "je le fais pour moi-même". Pourquoi cela serait FORCEMENT faux? Pourquoi seraient-elles nécessairement leurrées?

En ce qui concerne le goût "social", c'est-à-dire celui que tu ne t'appropries que parce que la société en a décidé ainsi, il est forcément induit par un contexte précis et si dans sa réalité il est liberticide ("sois comme ça et puis ta gueule") il est très difficile à définir dans la mesure où il est en perpétuelle mutation. Jusqu'au début du XXe siècle, la peau devait être blanche: aujourd'hui, on plébiscite le bronzage (mais léger, parce qu'être naturellement basanéE, quelque soit l'époque, ça reste suspect). De même, on incite à la maigreur aujourd'hui, alors que les formes ont longtemps été à l'honneur comme symbole de bonne santé. C'est dire à quel point il est difficile de savoir à quel moment précis la norme se substitue au libre arbitre.

En fait, pour Super Féministe, ce qui me rend crédible (et donc apte à contribuer aux combats antisexistes), ce n'est pas l'ensemble de mes réflexions et mes raisonnements sur le féminisme construits par mes lectures d'Angela Davis, Judith Butler, Simone de Beauvoir et Louise Michel, ni les raisons profondes de mon engagement, ni même mon action, c'est ma façon de me fringuer. Si elle me croise en robe-talons hauts, peu importe les éléments cités plus hauts, je suis une femme opprimée qui a intégré son oppression et qui nuit à la lutte féministe. Je dois donc être sauvée, parce que j'en suis incapable seule. Je ne savais pas que l'apparence était aussi importante. Quand je suis emmitouflée dans mon sweat Misfits, cela signifie que j'ai quelque chose à dire, que j'ai tué ton bébé aujourd'hui et que j'ai violé ta mère?

Super Féministe admet volontiers que des femmes puissent se sentir bien en jean pourri, en tee-shirt informe, les jambes pas "faites" (j'en fais partie aussi), pourquoi est-il si difficile d'admettre que des femmes (parfois les mêmes) puissent aussi se sentir bien en robe et les jambes épilées?

Sur certains point Super Féministe rejoint Super Gauchiste. Par exemple, le mariage. Super Gauchiste va t'affirmer "foutez la paix aux femmes voilées, arrêtez de dire que celles qui sont voilées par choix sont des victimes et qu'il faut les libérer, c'est paternaliste". Au passage, Super Gauchiste, s'il/elle n'est une femme voilée fait également acte de paternalisme puisqu'il/elle parle à la place des femmes voilées mais bon. On va dire que l'Enfer est pavé de bonnes intentions. Donc Super Gauchiste, qui en marre (ce qui est compréhensible) que telle ou telle personne se permette de dire ce qui est relève ou non de l'oppression, va tenir des propos tels que "Il faudrait abolir le mariage qui asservit les femmes!"

"KKKKKKrrrrrrrrr" fait la chaîne rouillée à ma cheville en frottant sur la pierre du sol froid de ma cellule.

"haaaan, t'es mariée? Mais tu souscris à une institution patriarcale, tu acceptes d'être soumise, tu es une victime!". C'est pas du paternalisme, ça peut-être?

OUI le mariage implique des contraintes, comme n'importe quelle interaction sociale. A moins de vivre à poil au fond d'une grotte, on se soumet touTEs à des contraintes sociales: l'interdiction de baguenauder cul nu dans l'espace public est une forme d'oppression, et pourtant même Super Gauchiste se sape un minimum pour aller acheter du pain. Le mariage, c'est ce que tu en fais: si tu décides de ne pas être la propriété de quelqu'unE, de conserver ton libre arbitre et d'être en accord avec toi-même, tu n'es pas automatiquement une victime du patriarcat dès que tu portes une alliance. Un Super Gauchiste s'est foutue de moi en s'esclaffant "encore une qui croit au grand amour!" comme si c'était une aberration. J'ai pas besoin d'y croire puisque je l'ai trouvé.

"Gniiiii-ouuuf!" fait la licorne du Pays des Bisounours en chiant un Polly Pocket pailleté en forme de coeur.

Mariage ou pas, je suis quand même la mieux placée pour savoir si ce que je vis est opprimant ou pas, vrai ou pas, induit par un lavage de cerveau ou pas.

Du reste, pour certainEs Super Féministes, la pénétration est patriarcale. Quid des pénétrations lors de relations sexuelles entre personnes du même sexe? Et quand une femme pénètre un homme? (Super Féministe n'est pas à une contradiction près)

La dernière initiative du même tonneau, c'est le collectif Zero Macho (la caution masculine d'OLF-on tape dans le féminisme antipute, raciste tendance paternaliste et arbitraire, aussi...). ZM enjoint les hommes à ne pas recourir aux services des prostituéEs (berk les putes) et de s'adonner plutôt à la masturbation, MAIS ATTENTION: ne fantasmez pas sur une personne (ni sur un animal) messieurs, parce que cela implique une sorte de viol mental: vous mettez la personne en position de viol puisque dans votre tête vous vous livrez à des actes auxquels cette personne n'a pas consenti, vu que c'est dans votre tête. A Etudions Gayment nous mettons à disposition des formulaires de demande d'autorisation de fantasme ainsi que des attestations de consentement.

 

Je terminerai (parce que c'est pas tout ça mais dès que l'on s'attelle aux conflits idéologiques du féminisme on finit par s'arracher les cheveux, teints ou non, surtout que je n'ai pas la prétention de donner des réponses) en faisant GROSS PROPAGANDA pour le site d'objets de La Bonne Fée, une activiste PAS DU TOUT FEMINISTE, qui met à mal les luttes antérieures en fabriquant des choses avec ses mains, en tricotant et en cousant, des activités typiquement féminines on le sait bien, se rendant ainsi coupable de traîtrise. 

En plus elle se maquille outrageusement la bougresse.

 

Bisou

 


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5 février 2013 2 05 /02 /février /2013 17:09

A l'heure où les enfants issu-e-s de PMA sont considéré-e-s comme des Playmobil, et que la sacro-sainte filiation hante les nuits des antipédégouines (non non non on n'est pas homophobes on pense juste que les enfants de pédégouines sont en danger!!!!), la génétique devient un enjeu fondamental de notre société.

Semblerait-il.

Parce que quand on entend qu'on va pouvoir se faire des gosses sur commande (on leur dit que la PMA c'est pas vieux comme les putes mais pas loin?) en choisissant la couleur des yeux et des cheveux-comme pour les Playmobil donc-on se prend, comme moi, à rêver d'un gosse sur commande avec des cheveux verts et un sourire ravageur. Il sera mignon.

M'enfin moi je m'en fous, génétiquement je suis une bâtarde, c'est pas nouveau, donc tout ceci ne me concerne pas.

Pourquoi cet intérêt soudain pour l'ADN et ses mystères me direz-vous? Eh bien parce que je me sens très concernée par le sort douloureux des tigres blancs. Si si, allez donc lire ça, vous verrez.

Cela dit, en substance -je sais quel genre de feignasses vous êtes, vous avez dû lire en diagonale-qu'en fait les Tigres Blancs ne sont issus que d'une manipulation génétique qui inclut une forte consanguinité provoquant chez ces infortunées bestioles de nombreuses tares-la consanguinité n'est pas exactement recommandée à moins de vouloir une pure lignée de monstres de foire-et les rendant inaptes à la vie sauvage. Ils sont condamnés à la captivité et à baiser entre proches parents. Leur vie s'apparente donc au quotidien des habitantEs du Nord-Pas-de-Calais.

Ce qui m'a interpellée, c'est le premier commentaire de cet article que vous lirez, si vous voulez comprendre de koikilèquestion.

Il faut savoir que cette personne fait quand même très fort puisque que l'article traite des ravages avérés de la consanguinité sur ces tigres blancs, et qu'ils n'existent que par des manipulations génétiques. Mais non, malgré, ça, elle défend la consanguinité et l'entre-soi. Chapeau l'artiste.

J'y ai appris avec toute la honte qui s'impose que j'étais en train de faire disparaître la diversité de la nature:

"L'auteur s'est fait prendre par la doctrine moderne de la diversité génétique comme si la proximité était toujours une source de maladies et le métissage source de bienfaits. Derrière cette doctrine il y a peu de science et beaucoup de politique.(...)"Le métissage est le meilleur moyen de faire disparaître la diversité".

Mais quelle ordure je suis! Ma simple existence est en train de tuer les différences entre êtres humains! Et ce n'est pas près de s'arrêter puisque non contente de tuer la diversité de la nature je persévère en choisissant comme potentiel mâle reproducteur un homme Blanc!

Grâce à cette personne faisant l'apologie de la consanguinité, l'on apprend donc que la diversité génétique, en fait, c'est caca, et que la consanguinité a permis l'évolution. Allez dire ça en Bretagne où il y a une clause spéciale dans la Sécu pour les problèmes de claudication, conséquence directe de la consanguinité.

"C'est justement la consanguinité qui a permis aux espèces naturelles de durer". Oui, d'ailleurs les descendants de nos Rois dans notre Royaume Très Chétien n'étaient absolument pas moisis par des générations d'endogamie. Pas du tout du tout.

Nous sommes, nous autres métisses, une menace. Outre le fait de nous comparer à des animaux (les clébards qui ne sont plus pure race, c'est notre faute. Les éleveurs ont voulu faire comme nos géniteurs, et voilà le résultat, des corgniauds! Heureusement que les antilopes se sont pas laissées enfumer par cette doctrine gauchisto-universaliste-bien-pensante-bobo-VIe arrondissement et ont souscrit à la consanguinité) cette personne nous dit, tout simplement, que l'on ne doit se reproduire qu'entre semblables, quitte à aller baiser ses cousin-e-s (coucou Mâme Boutin) pour être sûr-e-s de préserver la pureté de la "race". Ce qui ravira j'en suis sûre les abruti-e-s racistes qui ont préconisé à Monsieur Ficus-compte tenu de sa propension à fricoter avec des métèques de toute sorte, même avant moi-je cite "de sortir avec des personnes de son ethnie". Nous sommes également comparé-e-s aux ligrons (bébés tigres/lions) et aux bourricots (je ne connais pas le nom technique du fruit d'une union entre les ânes et les canassons, et j'ai la flemme de chercher, désolée) c'est-à-dire des aberrations anthropologiques induites uniquement par l'Homme. En fait le métissage (parce que quand on utilise ce terme, on fait référence aux humains, désolée encore) s'apparenterait à de la reproduction inter-espèce. Je nous dénonce  avec Monsieur Ficus pour zoophilie alors? Puisque je ne suis pas de la même espèce semblerait-il.

Vous me direz sans doute que ce n'est qu'un troll de plus, qu'il ne faut pas faire attention aux commentaires sur l'internet. Certes, mais ce discours n'est pas si éloigné de ce que l'on entend à l'Assemblée en ce moment, sur les enfants nés de pratiques supposées contre-nature. Je me sens solidaire de ces gamin-e-s parce que je suis considérée contre-nature, et pas seulement par un paquet marginal d'abruti-e-s. C'est une pensée insidieuse qu'on nous balance à la gueule sans avoir l'air d'y toucher, plus souvent qu'on ne le croit. Parce qu'être issue d'une union de deux personnes de couleur différente, a priori c'est pas naturel, Mâme Michu. C'est sale, ça tue l'identité raciale. On ne peut donc plus définir les gens et les racialiser, comment va-t-on bien pouvoir les discriminer et perpétrer un discours ethno-centriste dans ces conditions, je vous le demande?

Nous autres métisses, rendez-vous compte, tous les matins, on se lève, on enfile un slip et on va mettre à mal la suprématie de la race blanche. Parce que c'est cela que l'on lit, en substance. Pourquoi se soucier de la disparition des races (qui n'existent pas pour les humains mais passons) si ce n'est que parce qu'elle impliquerait la fin de la domination de l'une d'entre elles?

Comme ces enfants issu-e-s de GPA et PMA, je suis stigmatisée pour quelque chose que je n'ai pas choisi, comme étant une menace, une sorte de créature anormale rattachée à rien. Une créature artificielle défiant la Nature, puisque ce n'est pas naturel de se mélanger.

Je m'en vais réparer mon erreur en partant à la recherche d'hypothétiques cousins germains certifiés génétiquement semblables afin de m'accoupler avec eux.

Cependant une question me taraude: dois-je copuler avec d'hypothétiques cousins blancs ou d'hypothétiques cousins noirs afin de ne pas mettre à mal (enfin encore plus) la diversité naturelle?

 

 


 

 

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1 février 2013 5 01 /02 /février /2013 18:12

Cette semaine c'est Black Panther (Free)Party.

Si vous êtes plutôt BD, vous pouvez acheter ceci (et me le prêter après parce que c'est cher, un peu) mais comme les ficussonautes sont dans leur grande majorité des crevardEs parasites de la pire espèce, (je suis si fière de vous) voici quelques extraits GRATUITS de livres sans images mais tout aussi passionnants.

Je tiens à remercier le Collectif Anti Impérialiste de Nanterre qui a publié le recueil dont proviennent les extraits suivants (et comme je l'ai payé avec mon bon argent normalement ils devraient pas trop m'embêter)

 

"Nous croyons que notre combat est une lutte de classe et non pas une lutte raciale"

Bobby Seale

http://guardiansofthecity.org/sheriff/images/inmates/bobby_seale.jpg

 

 

"Si les gens veulent s'intégrer-et je présume qu'ils y arriveront d'ici cinquante ou cent ans- c'est leur affaire. Mais pour l'instant, notre problème, c'est ce système de classe dirigeante qui perpétue le racisme et l'utilise comme moyen de maintenir son exploitation capitaliste."

 

"Nous ne combattons pas le racisme par le racisme. Nous combattons le racisme par la solidarité. Nous ne combattons pas le capitalisme exploiteur par le capitalisme noir. Nous combattons le capitalisme par le socialisme. Nous ne combattons par l'impérialisme par un impérialisme plus grand. Nous combattons l'impérialisme par l'internationalisme prolétarien. Ces principes sont essentiels dans le parti. Ils sont concrets, humains et nécessaires. Ils devraient être adoptés par les masses."

 

"Les membres de la classe ouvrière, quelle que soit leur couleur, doivent s'unir contre la classe dirigeante qui les opprime et les exploite."

A l'affût-Histoire du Parti des Panthères Noires et de Huey Newton, Bobby Seale, Collection Témoins Gallimard 1972 (édition française)

 

Quand Eldrige, Huey, le parti entier agissent pour éliminer le chauvinisme mâle, ils agissent selon le principe de l'égalité absolue entre l'homme et la femme: parce que le chauvinisme mâle est directement issu de la nature de classe de la société d'aujourd'hui"

Les femmes et le BPP, Bobby Seale, 1970

 

 

"La violence révolutionnaire est nécessaire, en soi, pour que l'oppressé ose sortir psychiquement des chaînes de l'oppreseur et retrouve sa dignité humaine"

Frantz Fanon

http://www.approches.fr/IMG//Images/Frantz_Fanon.jpg

 

"La décolonisation est toujours un phénomène violent (...) Le colonisé qui décide de réaliser ce programme, de s'en faire le moteur, est préparé de tout temps à la violence. Dès sa naissance, il est clair pour lui que ce monde rétréci, semé d'interdiction ne peut être remis en question que par la violence absolue"

 

"La violence qui a présidé à l'arrangement du monde colonial, qui a rythmé inlassablement la destruction des formes sociales indigènes, démoli sans restrictions les systèmes de références de l'économie, les modes d'appartenance, d'habillement, sera revendiquée et assumée par le colonisé au moment où, décidant d'être l'histoire en acte, la masse colonisée s'engouffrera dans les villes interdites. (...) Détruire le monde colonial, c'est ni plus ni moins abolir une zone, l'enfuir au plus profond du sol ou l'expulser du territoire"

 

"Face au monde arrangé par le colonialiste, le colonisé est toujours présumé coupable."

 

"L'existence de la lutte armée indique que le peuple décide de ne faire confiance qu'aux moyens violents. Lui à qui on n'a jamais cessé de dire qu'il ne comprenait que le langage de la force, décide de s'exprimer par la force"

 

"Le lumpen-prolétariat, cette cohorte d'affamés détribalisés, déclanisés constituent l'une des forces les plus spontanément et le plus radicalement révolutionnaire d'un peuple colonisé"

 

"On ne soutient pas une guerre, on ne subit pas une répression énorme, on n'assiste pas à la disparition de toute sa famille pour faire triompher la haine ou le racisme. Le racisme, la haine, le ressentiment, le "désir légitime de vengeance" ne peuvent alimenter une guerre de libération."

 

"Politiser, c'est ouvrir l'esprit, c'est éveiller l'esprit, mettre au monde l'esprit (...) C'est s'acharner avec rage à faire comprendre aux masses que tout dépend d'elles, que si nous stagnons, c'est de leur faute, que si nous avançons, c'est aussi de leur faute, qu'il n'y a pas de démiurge, qu'il n'y a pas d'homme illustre responsable de tout, mais que le démiurge, c'est le peuple, et que les mains magiciennes ne sont en définitive que les mains du peuple"

 

"Parce qu'il est une négation systématsée de l'autre, une décision forcenée de refuser à l'autre tout attribut d'humanité, le colonialisme accule le peuple dominé à se poser constamment la question: qui suis-je en réalité?"

 

"L'objectif du colonisé qui se bat est de provoquer la fin de la domination. Mais il doit également veiller à la liquidation de toutes les non-vérités fichées dans son corps par l'oppression"

 

Les Damnés de la Terre, Frantz Fanon, 1961

 

La place d'une femme est dans la lutte

Angela Davis

http://tallertupacamaru.com/media/images/6265_tta72_display.jpg

"A paris, en 1962, les expériences que m'ont transmis des partisans de la lutte des Algériens formaient un contraste frappant avec notre lutte pour les "droits civils" aux Etats-Unis. La position des algériens toujours plus agressive me donnait une idée concrète de la direction que devait prendre notre mouvement si nous voulions sérieusement un changement total"

 

"Quand l'inclusion de personnes noires dans la machine de l'oppression est désignée à la faire fonctionner de manière plus efficace, alors cela ne représente pas le progrès du tout."

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Published by Ficus
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1 février 2013 5 01 /02 /février /2013 16:17

Afin de saisir de quoi-qu'on-cause ici je vous recommande de lire l'article précédent.

 

Le fait que l'on pose la question de la représentation noire au cinéma à cause de la sortie de ces deux films n'est pas anodin: il s'agit de reconsidérer la fiction à travers un prisme historique-en l'occurrence, celui de l'esclavage. Ce n'est pas un phénomène exclusivement américain, il recoupe la colonisation et l' Histoire internationale des NoirEs. Cependant, les Etats-Unis semblent accorder une plus grande place à un passé honteux que la France: il n'y a qu'à se remémorer les manifs d'extrême-droite suite à la sortie d'Hors-la-Loi de Rachid Bouchareb (la suite d'Indigènes) pour comprendre que mettre les gens face à une Histoire pas bien reluisante, même au cinéma, n'est pas une mince affaire. Vous me direz "oui mais quel rapport avec les NoirEs"? Le rapport étant que le colonialisme a touché NoirEs et Arabes en France, nous inscrivant une histoire commune, tellement commune que pendant longtemps (avant la bougnoulophobie généralisée) NoirEs et Arabes étaient mis dans le même sac. (souvent étiqueté "racaille" d'ailleurs) et qu'il est donc important, afin d'être le plus exhaustif possible, de prendre en compte cette histoire commune pour établir un parallèle avec les Etats-Unis.

Ne nous méprenons pas, si vous avez lu l'article précédent, vous savez désormais (vous en apprenez des choses ici, hein?) que les films abordant l'esclavage sans victimisation font pousser des couinements aux relents ku-kluxiens à une certaine frange de la population américaine, mais il s'agit d'une minorité. Aux Etats-Unis, surtout avec un Président Noir, il serait impensable que quelqu'un remette en cause l'esclavage ou la nécéssité des luttes pour les droits civiques. En France, il est impensable de s'excuser pour le colonialisme, qui est nié ou alors réhabilité. Pourquoi la France est-elle si prompte à se flageller (à raison) sur la Shoah, et sort grand nombre de films et téléfilms sur le sujet, s'est excusée à maintes reprises (et c'est tant mieux) et refuse d'admettre 300 ans d'esclavage ainsi que la colonisation et son mépris total des "indigènes"? Parce que les Juif-ves déportéEs étaient des FrançaisEs, des Blanc-hes, donc leurs égaux. La preuve, l'homophobie rampante en France qui s'épanouit en ce moment explique que les déportations d'homosexuel-les aient été passéEs sous silence, parce que ces gens là ne sont pas "comme eux". Tous comme les Tziganes.

Prenez un film comme Intouchables: tout le monde crie à la réconcialiation de race et de classe. Or, en étant bombardée de bande-annonce (même plus besoin de voir le film) et de témoignages émus de spectateur-trices, j'ai eu le sentiment que

1) les Noirs et les Arabes sont interchangeables: alors que les deux réalisateurs ont bien insisté sur la véracité de leur film (c'est tiré d'une histoire vraie, donc inattaquable idéologiquement) pourquoi remplacer l'assistant arabe par Omar Sy? Bien que j'aime beaucoup cet acteur, ça me fait un peu de peine qu'on ne le récompense que quand il joue un rôle de "Noir", c'est-à-dire jeune délinquant de banlieue, parce qu'en banlieue il n'y a que des Noirs et des Arabes, c'est bien connu, et ce sont tous des délinquants en puissance.

2) C'est un film classiste: vous en connaissez beaucoup des milliardaires qui cherchent des précaires pour leur  faire profiter de leur train de vie? Le "choc des cultures" n'est induit que par la relation patron-employé, donc une relation de classe immuable. 

3) Ce n'est pas du tout un film sur la façon de surmonter un handicap: touTEs les handicapéEs ne sont pas blindéEs de thune à ne savoir qu'en foutre, et n'ont pas toujours les moyens de se payer un assistant ou de faire du deltaplane. De même ils/elles ne roulent pas toutEs en Ferrari. Donc ton handicap, tu peux le surmonter mais seulement si t'es riche, sinon tu continues à galérer dans des immeubles pourris sans ascenseur. Une fois de plus, la réconciliation de classe, faudra me la sortir.

Je n'ai pas vu le film, je ne juge donc pas ses qualités cinématographiques. Ce qui m'a profondément gonflé en revanche c'est cette espèce de dégoulinade de bons sentiments entourant sa sortie et son succès visant à déculpabiliser les gens: regardez, nous ne sommes pas racistes, un film comme Intouchables fait des millions d'entrées, on récompense même un Noir.

Et les Kanaks du film de Kassovitz, vous les avez récompensés? Parce que là, étrangement, quand on montre des Noirs non soumis à un rapport de classe et qui se battent pour leur liberté, il n'y a plus personne.

J'avais repensé à la représentation des NoirEs-et plus particulièrement des femmes-à la sortie du dessin animé La Princesse et la Grenouille: il aura fallu attendre 2009 pour qu'une princesse noire (afro-américaine) fasse son apparition. Et encore, elle passe les trois-quart du film en grenouille, donc pour la visibilité, on repassera. Bien sûr la réalité de la Nouvelle Orléans des 20's est édulcorée-même si on voit les quartiers pauvres et que Tiana enfant monte au fond du bus avec sa mère au début du film- et c'est normal, on va pas montrer aux gamins la réalité du KKK, les lynchages et les NoirEs penduEs aux arbres, mais là encore j'imagine la déception des petites filles noirEs qui avaient enfin un personnage féminin fort et plutôt glamour (pas une demoiselle en détresse) auquel s'identifier.

De même, la trilogie X-men cantonne Storm (Tornade) à un rôle secondaire, alors que c'est un personnage majeur du X-Univers. Et ne parlons même pas de son mari, T'challa, aka La Panthère Noire, qui devra attendre 2014 pour se voir adapté au cinéma.

Le propos n'est pas bien sûr de mettre des NoirEs partout en guise de caution, mais de prendre en compte une réalité sociale. Hélas, on n'est pas sorti des ronces quand on apprend que des fans de Hunger Games se sont plaints après qu'un personnage supposé blanc ait été interprété par une actrice noire (pour avoir lu cette bouse je puis confirmer que dans le roman la gamine est bien noire, mais passons) arguant que "quand elle meurt on est moins tristes". No comment.

Revenons en France.

Le dernier film français majeur sur une femme noire, c'est Venus Noire et il n'a pas bénéficié d'une grande couverture médiatique: l'horreur de l'exploitation d'une femme noire devait être trop difficile à avaler pour toutEs les négationnistes de l'esclavage et du colonialisme, celles et ceux qui te sortent avec aplomb que les jeunes de banlieue sont manipulés et qu'on leur fait croire que leurs grands-parents ont été appelés pour reconstruire la France et parqués dans des cités pourries, alors que bien sûr tout cela N EST JAMAIS ARRIVE. Pas plus que les Algériens à la flotte, pas plus que la Françafrique, pas plus que les Africains à qui on a fait miroiter la nationalité française s'ils allaient se faire massacrer et qu'on a renvoyé chez eux à coup de pied au cul dès les conflits terminés.

A ce sujet je vous recommande cette série de documentaires.

En attendant plus de films de fond, voici tout de même une petite sélection: 

 

Dorothy Dandrige, le destin d'une diva (TV film)

 

 


 

Stormy Weather (1943)

Un film musical avec de nombreuses stars noires (Cab Calloway, Les Nicholas Brothers, Fatz Weller etc...)

 

 


 

 


 

 

 

 


 

 


 

 



 




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1 février 2013 5 01 /02 /février /2013 15:13

Aujourd'hui une séance un peu spéciale: j'eusse aimé vous parler de mes dernières expériences nanardesques, mais Nanarland le fait bien mieux alors autant parler d'autre chose.

Suite à la sortie de Django Unchained et Lincoln, l'esclavage et son traitement ont été disséqués, analysés et remis en question. Ce qui est plutôt une bonne chose en soi, au vu des remous entourant le film de Tarantino. Le film de Spielberg remoute moins (non ce mot n'existe pas mais j'aime bien substantiver) mais n'est pas exempt de questionnements. Nous y reviendrons par la suite.

Je n'ai pas encore vu Django Unchained. Cependant j'ai lu ce très long et très instructif entretien (attention, spoilers)

Il est de bon ton de cracher sur Tarantino maintenant. Dans une logique "brûle ce que tu as adoré", les gens vous colleraient des mandales s'ils le pouvaient, quand vous avez le malheur de dire que vous avez aimé un film de Tarantino, alors qu'il est sensé être "fini", s'auto-citant à merci et contemplant avec un ravissement non-feint son propre caca. Je ne dis pas que tous les Tarantino sont géniaux, je dis juste qu'il a fait des films qui ont eu le mérite de permettre aux jeunes cinéphiles noirEs d'avoir le sentiment que les actrices et acteurs noirs pouvaient exister autrement que comme des victimes, des pauvres ou des délinquants. Si vous regardez Pulp Fiction, vous ne verrez pas de racialisation: vous verrez des personnages, point. Avec un film comme Jackie Brown, Tarantino a mis une femme noire, ancienne figure de la blaxploitation (donc uniquement destinée à un public noir) en tête d'affiche. Mine de rien, c'est un acte militant. Les films de blaxploitation ne racontaient pas des histoires SUR les NoirEs, ils racontaient des histoires AVEC des NoirEs, parce que les films "traditionnels" n'utilisaient qu'exclusivement que des acteurs/trices blanches. Jackie Brown n'est pas l'histoire d'une femme noire: une actrice blanche aurait très bien pu tenir ce rôle au vu de l'intrigue. Le fait de choisir délibérément une femme noire montre bien la volonté d'affirmer l'égalité. 

A la sortie de Django, Spike Lee est monté au créneau pour rouspéter, parce que cela fait des années que Spike Lee rouspète après Tarantino donc il allait pas se priver. Ce réalisateur-dont j'estime le travail-militant ne supporte pas qu'un Blanc utilise le mot "nigger", en substance. Or, ce mot fait partie d'une réalité: si tu fais un film sur l'esclavage-donc sur le racisme-, tu ne vas pas faire parler les esclavagistes comme des bisounours. Pareillement, quand tu fais un film sur la Shoah, tu ne vas pas faire dire aux personnages nazis "les personnes de confession juive, RAUS, s'il vous plaît, des paniers-repas sont à votre disposition dans le wagon 6 et n'oubliez pas de mettre votre nom sur vos valises". Il faut savoir également que Spike Lee fait partie de ces gens nécéssaires, parce qu'ils sont perpétuellement en colère: né en 57, il a grandi dans un climat de ségrégation où les droits n'étaient pas une évidence. Alors bon, quand il dit qu'il ne veut pas voir Django parce que ce serait un manque de respect vis-à-vis de ses ancêtres, si ça peut nous sembler un peu excessif, c'est aussi compréhensible. A la lecture de l'entretien de Tarantino, on peut comprendre que ce que le fétichiste podophile le plus célèbre du monde essaie de faire-je ne sais pas s'il le fait bien, je n'ai pas vu le film-c'est justement de mettre aux racistes le nez dans leur caca, car la question de l'esclavage a toujours été traitée un peu par-dessus la jambe. Et je trouve l'idée d'en faire un western assez brillante, parce que le western a longtemps été le terrain privilégié de l'expression de la domination blanche: les massacres d'Indiens, ça vous dit quelque chose? De plus, depuis Sam Raimi et son grand n'importe quoi, en tant que fan de western (plutôt western spaghetti, j'avoue) je n'ai pas été vraiment gâtée alors un western avec un esclave auto-affranchi qui met à mal la domination blanche, je pense que mes ancêtres coloniséEs ne m'en voudront pas trop si je vais le voir.

L'autre polémique, qui touche d'ailleurs la plupart des films mettant en scène des noirs au premier plan, c'est l'accusation de racisme anti-blanc. Comme si notre simple existence était une forme de racisme anti-blanc. Parce que vous comprenez, des Noirs qui dézinguent des Blancs (même s'ils sont méchants) c'est du racisme. Alors que des Blancs qui tuent des Noirs, des Jaunes, des Rouges, des Bougnoules, c'est NORMAL. C'est dans l'ordre des choses.

Dans les années 80, un film avec Eddie Murphy avait été taxé de racisme parce que le casting était exclusivement noir: il s'agissait d'une comédie romantique dans laquelle une boîte accueillait son nouveau patron qui s'avérait être une patronne (si quelqu'unE retrouve ce film qu'elle/il m'écrive, merci). Ce à quoi Eddie Murphy avait répondu "est-ce qu'on accuse les films avec des castings exclusivement blancs de racisme?"

De toutes façons, que les racistes qui hurlent au racisme anti-blanc (une construction sociale fondée sur une victimisation qui n'a pas lieu d'être, j'ai déjà dit ce que j'en pensais) se rassurent: l'Académie des Oscars a choisi de nommer DiCaprio pour l'Oscar du Meilleur Acteur et non pas Jamie Foxx dont la performance a été pourtant unanimement saluée.

En ce qui concerne Lincoln, le film semble inattaquable, déjà parce que c'est Spielberg et qu'il y a de vrais morceaux de Daniel Day-Lewis dedans. Et mettre Daniel Day-Lewis dans un film, ça transforme la pire des bouses en chef-d'oeuvre. C'est assez énervant d'ailleurs. Pourtant le film n'est pas exempt de défauts, comme le montre cet article qui fait le parallèle avec Django d'ailleurs.

Le cinéma américain, même avec les meilleures intentions, est victime du syndrome du white savior: un Blanc (presque toujours un homme) découvre une tribu/communauté/autre de non-Blancs, s'aperçoit qu'en fait ce sont de gentilles personnes sous leurs dehors un peu bourrus, et devient le meilleur dans sa partie (un peu comme Wolverine), à savoir sauver les non-Blancs parce qu'ils sont gentils mais trop cons pour se sauver seuls. Pour comprendre un peu ce phénomène voici une liste des films "White-Savior". A savoir qu'un monstrueux étron comme Avatar tombe allègrement dans ce travers: outre l'exploit du plagiat multiple (en vrac, Danse avec Les Loups, Pocahontas, Zack et Chrysta dans la Vallée de Fern Gully...) les bons sauvages (les grands machins bleus qui vivent à poil et papouillent des arbres parce qu'étant primitifs comme il se doit ils communient avec la Nature) ne sauvent leur environnement et leur espèce que grâce à un Blanc qu'ils ont accepté comme l'un des leurs. Sans ce héros civilisé, ils boufferaient leurs pissenlits fluos par la racine et n'auraient pas pu gagner contre les Méchants qui veulent raser leur gentille forêt (saloperies de hippies). 

Dans la liste de films que j'avais proposé lors de la séance spéciale cinéma noir, il y a évidemment des films "White Savior": Amistad, du même Spielberg, en est un exemple, mais il a au moins le mérite de montrer la réalité et la violence de l'esclavage.  N'ayant pas vu Lincoln, je ne peux pas vous dire si oui ou non le personnage est sacralisé (Abraham Lincoln étant tout de même l'un des présidents les plus populaires des Etats-Unis et connu dans le reste du monde pour l'abolition de l'esclavage) et montré comme l'unique vecteur de l'abolition, au détriment de personnages noirs qui ont oeuvré pour leur libération. Si vous êtes familierEs de la ficusphère vous savez que c'est le moment où je vous dis de lire Femmes Race et Classe.


 

 

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25 janvier 2013 5 25 /01 /janvier /2013 20:02

Quand on est une femme, la vie est souvent pavée de merde, c'est le principe. Quand on est une femme qui réfléchit au sexisme, au féminisme et à tous ces trucs en -isme qui font de nous des succubes assoiffées de sang masculin s'entend.

Comme toutEs les personnes du temps jadis qui regrettent leur Minitel, j'ai découvert que l'Internet (t'as vu, je dis toujours l'Internet, ça t'énerve, hein? Hein?) était un formidable outil de propagation du sexisme.

J'en veux pour preuve ma découverte récente (enfin pas si récente que ça mais je mets un peu de temps à écrire mes articles) d'un phénomène délicieux: le Slut-shaming.

Quoi-t-est-ce? C'est ça. Charmant, n'est-ce-pas?

La décadence, c'est quand on n'ose plus appeler la bêtise par son nom.

Henry de Montherlant

Pour résumer, une fille sexuellement active (ou supposée sexuellement active) doit être stigmatisée. Parents qui craignez la dépravation chez vos ados, soyez rassurés, vos petits anges se sont transformés en police de la bienséance. Grâce à ces procédés qui méritent des tartes dans la gueule (comme disait A. Bierce: "J'ai l'intention d'enseigner, et si ce n'est pas possible, je giflerai") vos gosses se font eux-mêmes les garantEs d'une moralité aux relents patriarcaux d'un goût douteux. Car en stigmatisant une fille jugée légère, en la jetant en pâture aux insultes, elles/ils donnent implicitement la permission d'abuser de cette même fille: c'est une salope, c'est tout ce qu'elle mérite, si elle est violée elle l'aura bien cherché. Bravo les filles qui cautionnent et pratiquent le slut-shaming, bel esprit de solidarité. Vous ne faites rien d'autre que d'encourager le sexisme et la violence. Et détrompez-vous, pas besoin d'être "moche", d'être en jean-basket-survêt-chaussettes ou d'avoir une tenue décente selon vos critères pour être victime d'agression sexuelle ou même d'un comportement sexuellement agressif (sifflage, insultes, allusions bien grasses et autres joyeusetés). Quand vous dites d'une fille que c'est une salope parce que son string dépasse, imaginez que pour certainEs vous êtes une salope parce que vous vous promenez en manches courtes. Que pour certains agresseurs, vous êtes une traînée qui n'attend que de se faire tartiner parce que vous lui avez souri dans le métro. Ou tout simplement, pour certains tarés, vous êtes une femme donc forcément à sa disposition, quelle que soit votre tenue vestimentaire.

 

Autre joyeuseté sexiste produite par l'Internet: le meme "Fake Geek Girl". Pour les vioques, une explication rapide ici.

Pas besoin de vous rappeler ce que je pense des memes qui pour moi sont une forme de déconstruction sémiologique (t'aimes quand je dis des gros mots, hein, coquinouE?)

Nonobstant, le meme Fake Geek Girl, ou Fake Nerd Girl a pour vocation de se moquer de jeunes femmes ou d'ados qui se prendraient pour des geeks (à savoir des pros de l'informatique et des jeux vidéo) ou des nerds (fan de comics, mangas, films comme Le Seigneur des Anneaux et Starwars), pour généraliser.

Rien de bien méchant me direz-vous. Sauf que ce meme est sexiste. Il part du principe que

1) les filles simulent leur geekitude ou leur nerditude parce qu'elles sont incapables de saisir toute la subtilité de ces domaines considérés comme masculins.

Un peu comme une nana qui aime le foot ne peut pas être décemment prise au sérieux: elle fait ça uniquement pour attraper du supporter-qui ne serait pas attiréE par un gros beauf qui hurle "ho hisse enculé!" en postillonnant de la Jeanlin? Coucou Leader, supportrice de l'AS St Etienne, on sait bien que tu vas au Stade et m'inflige un ASSE-Caen sur Fr3 Région un dimanche après-midi uniquement pour ramasser du fils de mineur silicosé avec une coupe mulet et une écharpe verte, hein. Tu ne trompes personne avec ton attirail de supportrice et ta pétition pour que la nouvelle devise soit l'Eurocheteau, coquinette. (Fin de la stigmatisation)

2) elles le font pour se faire mousser auprès de la population geek/nerd masculine.

Evidemment, QUI ne voudrait pas séduire une créature boutonneuse souvent obèse qui ne décolle du clavier la paluche graisseuse des chips qu'elle ingurgite avec la grâce d'un camion-poubelle que pour se masturber? Clichés honteux? Et vous faites quoi avec votre meme à la con, hein? Bonne réponse au fond à droite: perpétrer un cliché sexiste.

Pour avoir rôdé à Albums afin de lire gratos des Batman au lieu de bosser à la BPI (oui bon ça va...) je puis dire que la population geek ou nerd-ou supposée, puisque se rendre dans ce magazin signifie que vous êtes geek ou nerd-ne se limite pas à un paquet d'associaux que la société ne reconnait pas à sa juste valeur (de leur point de vue).Il y a des moches, des canons, des gentils, des cons, des filles, des mecs, des gays, des hétéros, des bis, des néophytes, des béotienNES, des chevronnéEs, des connaisseurSES, bref: des GENS.

Parce que Messieurs, qu'est-ce qui vous fait croire que vous êtes exceptionnels? Vous ne faites que participer à la consommation de masse, vous n'êtes en rien marginaux ni des rebelles, loin de là, surtout pas quand vous claquez votre salaire pour enrichir de petites boîtes indépendants comme Apple pour faire la révolution en pantoufles depuis votre turne en dénonçant l'inertie des masses et la bêtise des gens qui utilisent Windows. Il n'y a qu'à voir le fric engrangé par des franchises comme Le Seigneur des Anneaux ou Starwars, des éditions comme DC ou Marvel, ou Soleil, ou Tonkam, ou Pika: on est loin de l'underground. Vous faites partie d'une logique consummériste et vous partagez vos passions (sur laquelle on ne porte aucun jugement de valeur, chacunE son truc) avec bon nombre de gens que ça vous plaise ou non.

Bref. Revenons au sexisme.

La mode des Cosplays (se déguiser en personnage de film/BD/jeu vidéo) a créé un monstre.

Ficus-strip-01-BLOG.jpg

Non, pas ce genre de monstre. Quoique.

 

Un prétexte de plus pour tous les frustréEs du slip de cracher sur les femmes. Voyez-vous, une jeune femme qui se costumera en personnage de BD, film ou jeu vidéo n'a que deux options:

1) elle est canon: c'est une salope qui ne sait plus quoi inventer pour attirer l'attention du mâle et elle donne une image dégradante de la femme en se baladant quasi à poils, empêchant les honnêtes vendeurs de poupées de figurines de faire leur travail dans de bonnes conditions, puisque de jeunes mâles se branlant habituellement sur Lara Croft seront forcément perturbés de la voir en chair, en os et en t-shirt Lycra.

2) elle est vilaine: c'est un pathétique boudin qui tente maladroitement de s'évader de sa vie pitoyable en essayant d'appâter de pauvres jeunes hommes innocents.

Le dessinateur Dirk Manning (qui en dépit de son talent s'avère être un connard fini) appelle à la violence (cf lien donné plus haut) envers les cosplayeuses, puisque ce sont des traînées. Eh les bédéistes, si vous ne voulez pas que vos fans féminines se déguisent en personnages dévêtus, commencez d'abord par les dessiner en col roulé, si vous ne voulez pas voir de jeunes femmes costumées comme des catins selon votre terminologie. Ah mais non: vous vendriez moins de bédés à vos semblables, les hommes hétéros qui ont honte de consommer du porno mais trouvent normal de lire des histoires avec des filles à poils dont la seule utilité scénaristique est d'être à poils: je vous renvoie à cet article pour plus de précision. 

 

 


 

 

Quand on voit le sexisme inhérent à la production BD, on se dit que c'est quand même abuser que d'accuser les femmes: un artbook des éditions Soleil représentant une jeune femme en soutif avec des trolls miniatures coincés dans d'énormes nichons, quelle image cela donne de la femme, éclairez-moi?

Et quand des femmes sexys sont montrées dans des productions BD autrement que comme des objets (la plupart des X-women, les Bat-méchantes ou les Bat-sidekicks féminines, Tank Girl, et d'autres) c'est-à-dire comme des personnages à part entière, pourquoi rouspéter quand de jeunes femmes les prennent comme modèle et se déguisent lors de conventions spécialisées? J'adore Storm/Ororo Munroe des X-Men, ce n'est pas pour autant que je vais acheter des clopes en body moulant avec une cape et une perruque blanche. Et quand bien même l'envie m'en prendrait, rien ne justifierait la violence à mon encontre.

Cette mesquinerie sexiste soulève une autre problématique: les filles seraient incapables d'apprécier cette culture (qui n'est plus une contre-culture depuis longtemps) à sa juste valeur et simuleraient leur intérêt que dans l'espoir de pécho un geek ou un nerd. Désolée messieurs, mais il existe de "vraies" gameuses, de "vraies" geekettes, de "vraies" nerds: des filles qui parfois ont les mêmes travers que vous (et qui se prennent pour des hackers très dangereux parce qu'elles "codent" de temps à autre) qui ont le même regard sexiste que vous sur les non-geeks/nerds/peu importe le nom, à savoir qu'une fille qui se maquille et qui aime Twilight est une grosse pouffe qui mérite de mourir étouffée par du caca pailleté de licorne (alors que toutE femme amatrice de vampires qui se respecte se doit de lire Hellsing et de fantasmer sur Alucard, c'est bien connu-moui, et sinon, lire Dracula de Bram Stocker et fantasmer sur Gary Oldman, ça me classe définitivement dans la catégorie des antiquités cacochymes?Parce qu'excusez-moi mais de mon point de vue, Hellsing c'est de la pisse de chat arthrtitique à côté...Pardon, je reprends)

Des personnes qui mettent les gens dans des cases tout comme vous et qui partagent vos passions. Qui n'ont parfois qu'une connaissance très superficielle de ces supports culturels, par choix et par goût, tout comme vous, et non parce qu'elles sont stupides ou fausses. Vous accuse-t-on de malhonnêteté intellectuelle quand vous portez des baskets alors que vous ne courrez pas le Marathon?

Parce qu'à bien y regarder, si on considère le nerdisme (non ce mot n'existe pas) comme un penchant presque obsessionnel pour un support culturel, je peux vous dire qu'un séminaire sur l'invention lyrique de l'écriture théâtrale épique shakespearienne a une forte concentration de nerdisme au mètre carré.

De même, étant considérée comme une dangereuse malade bat-nerd, je puis vous assurer que je n'ai aucune envie de coucher avec vous: je me tape déjà un gros nerd trentenaire qui m'a fait plonger dans les comics américains, les mangas de qualité, la BD underground, Corto Maltese et le culte un peu malsain de Grant Morrison. (Loué soit son Nom) De plus je n'aurai rien à vous dire, vu que vous ignorez tout de Charles Burns, Warren Ellis ou Franz Frazetta. Ben oui, il y a autant de nerds qu'il y a d'individuEs.

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Ces hommes, jeunes et moins jeunes, se sentent peut-être menacés les pauvres chous (et tout ça c'est la faute de leur mère et/ou ces radasses de féministes, c'est bien connu). Je terminerai donc par cet édifiant reportage sur une nouvelle tendance, le masculinisme (oui enfin ça fait un peu 2000 ans que ça dure mais comme les radasses précitées se sont employées à tout foutre par terre, l'homme-le vrai, avec poils-est une espèce en voie d'extinction) et ses travers: posez vos couilles ici. (Ok la transition était pas terrible)

 

Bisous

 

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25 janvier 2013 5 25 /01 /janvier /2013 18:29

C'est bien connu, le Grand Soir est pour demain matin. Pourtant il semblerait qu'une majorité de grosses feignasses (dont je fais partie) ait remisé ses idéaux de sale gauchiste pour se concentrer sur ses derniers lumbagos et le coût scandaleusement élevé du Polydent: ben oui, je vieillis, et d'avoir un couteau entre les dents en permanence ça fait sauter l'émail. Je n'aurai qu'à piéger mon râtelier quand on se sortira enfin les doigts du cul et qu'on pendra le dernier patron avec les tripes du dernier curé tout en dégustant du poulet assermenté braisé au taser.

Etrangement, la lutte des classes serait pourtant une réalité pour 64% des Français. Or, réalité ne veut pas forcément dire, dans la tête du tout-venant, une nécéssité. Disons qu'il semblerait que les gens se soient résignés.

Pour exemple je m'en vais vous narrer un brillant épisode ferroviaire. J'étais donc assise sur les trucs-à-bagages dans le transilien Mantes-Plage-Paris-Saint-Lazare tout en maudissant le couple d'affreux avec mômes qui du fait de leur activité reproductive s'arrogeait le droit de virer les gens pour être assis tous ensemble, eux et les créatures bruyantes et morveuses qui pouvaient très bien, grâce à leur petite taille (ceusse qui diront "comme toi" seront fouettéEs avec Der Kapital et insultéEs en allemand) être calés dans les porte-bagages au-dessus des sièges ou même sur les genoux de leurs géniteurs. Un peu comme dans Le Skylab où la pouffiasse fait chier le monde dans l'Eurostar parce qu'elle a une famille et qu'elle se sent, de fait, supérieure à tout le monde et qu'elle a des droits sur vous, la classe méprisée des non-parents.

Je m'étais donc retrouvée assise là entre deux sacs et les péquenauds debout faute de place, quand, jugeant sans doute notre situation de sales pauvres encore un peu trop confortable, quelqu'un (contrôleur, conducteur, voix magique je sais pas) a annoncé, je cite "les voyageurs montés à Mantes la Jolie disposant d'un Pass Navigo sont priés de regagner les wagons de seconde classe, les moches avec les sièges pelucheux à rayure où de toute façon il n'y a plus de place (il a pas dit ça comme ça mais vous avez compris l'idée) et de libérer la première classe". M'étant déjà fait virer d'un wagon de première où j'avais scandaleusement posé mon séant prolétarien sous le regard haineux des privilégiéEs que je venais envahir-ils s'attendaient limite à ce que je sorte un sandwich au saucisson et que je lise Paris Turf à voix haute-je SAIS ce qu'est la lutte des classes, au moins celle des trains: un insidieux rappel à l'ordre de ta condition de pauvre. De fait, tu viens de banlieue (et pas banlieue-Neuilly, non, Mantes-les-Bains c'est la banlieue-caca) ta place est avec les autres animaux: le wagon deuxième classe d'une antiquité roulante telles qu'on en trouve que sur le réseau transilien IDF (et éventuellement au Kosovo) présente de troublantes similitudes avec le wagon à bestiaux. L'été c'est pire.

Je m'attendais donc à une révolte populaire: mes corréligionnaires allaient sans doute trouver comme moi que c'était la fois de trop, foutre le feu au wagon et baisser le froc des contrôleurs en chantant El pueblo Unido Jamas Sera Vencido, ou Le Petit Bonhomme en Mousse pour les plus taquinEs. Que dalle.

Tout le monde a baissé la tête, la jeune fille debout en face de moi m'a souri tristement et a éteint la valise moche que je commençais à enflammer au briquet bic, et on a continué comme ça jusqu'à St Laz.

Lutte des Classes, et mon cul, c'est du teflon, comme dirait Nono le Petit Robot?

Les gens ont intégré leur infériorité sociale. Ils rouspètent vaguement quand on leur demande à eux, les pauvres, de se serrer la ceinture quand le gros Gégé se casse avec fracas dans un bled sémillant où se trouvent 18 camps de travail (le coin riant par excellence) quand on lui demande de participer à l'éducation et la santé de ses congénères en filant l'équivalent de son budget papier-cul annuel. 

Il en va de même pour la culture.

Quoique. 

A entendre les bourges de droite et les conservateurs, je n'apprends que des bonnes nouvelles: ainsi je serai UN étudiant bobo de gauche parisien. Ce qui fait de monsieur Ficus le partenaire gay d'un étudiant bobo de gauche parisien et non plus le mari-prolo d'une doctorante crevarde option gauchiste croupissant à Mantes-la-Moche faute de thune.

Je m'explique.

Lorsque j'étais rédactrice-stagiaire, certains sujets amenaient des commentaires vaseux du style "encore un truc écrit par UN étudiant bobo de gauche parisien qui n'y connait rien à la vie la vraie gna gna gna". De fait, l'accusation de boboïsme est ce que les conservateurs de droite ont trouvé de plus méprisant pour décrédibiliser les gens. En gros, vous défendez des valeurs humanistes parce que c'est facile pour vous, nous n'êtes pas au fait des réalités sociales, vous le faites pour vous donner un genre mais vous méprisez le peuple, le vrai.

Parce que, dans la tête de ces accusateur/trices, le fait d'avoir un minimum de culture s'apparente à des pratiques occultes germanoprantines excluantes. Notons aussi que pour ces gens seul un homme peut être cultivé. Or, ces mêmes personnes, qui se vantent de leur proximité avec la vermine populassière, sont souvent des riches qui assument d'être riches et n'aiment pas qu'on leur renvoie une image de dominant exploiteur, bien qu'ils/elles ne connaissent rien à la réalité sociale des classes qu'ils/elles font semblant de défendre pour décrédibiliser celles et ceux qui pourraient leur manifester de l'intérêt. Souvent, dans un but électoral: "vote pour moi, moi je suis pas comme ces gauchistes qui font semblant de te comprendre, je lis Closer et j'ai un bac moins 4, alors je te comprends". Parce que pour ces pseudo-défenseurs de la classe populaire, de NOTRE classe, on est forcément des débiles qui s'abrutissent devant NRJ12 et qui font des dessins pour remplir leurs fiches aux Assedic.

Il arrive aussi que certainEs gueuxEs s'en prennent aux gens qu'ils/elles jugent "bobo"(ou hipster pour ajouter l'infantilisation au mépris) parfois à tort, car fatiguéEs de leur condescendance ou d'une attitude de supériorité intellectuelle affichée. C'est aussi une réalité qu'il ne faut pas occulter, même si dans certains cas, elle peut paraître un peu simpliste. 

Cette accusation-outre la volonté tenace de classer les personnes-traduit tout simplement le mépris intrinsèque des classes dirigeantes sur les classes populaires: si vous êtes cultivéE, si vous savez aligner trois mots et que vous aimez Tracks, vous êtes forcément unE bourgeoisE de gauche, parce que les pauvres (les banlieusardEs, les précaires, les marginaux) n'ont ni accès à la culture ni la curiosité intellectuelle nécéssaire.

Monsieur Clerc, professeur à Nanterre-U, a eu lors d'un de ses TDs ce mot très juste: "les bourgeois de droite achètent les livres, les bourgeois de gauche les lisent. Allez chez mon cousin à Saint-Germain, il a l'intégrale de la Pléiade, y'a de la poussière dessus."

De nos jours, et après une période de stigmatisation de toute activité intellectuelle comme étant du snobisme avéré-pour mieux maintenir les masses passives, il ne faut surtout pas les inviter à réfléchir, donc montrer du doigt toute tentative culturelle comme étant de l'arrogance est le meilleur moyen de leur faire croire qu'on veut leur bien-les bourgeois de droite crachent comme il se doit sur les "élites". Ce qui est parfaitement hypocrite car dans une société ouvertement capitaliste et asservie à la spéculation et à la consommation, les "élites" deviennent celles et ceux qui sont à même de consommer le plus et de maintenir un système d'oppression de classe. L'urgence étant donc de décrédibiliser le plus possible celles et ceux qui dénonceraient cet état de fait.

Ficus-strip-02-BLOG.jpg

Un couple de bobos mantais aux prises avec leur quotidien de privilégiéEs.

Actualité oblige, le délit de boboïsme est brandi bien haut par les opposantEs au mariage pour tous, puisque la défense de la loi ne serait que le fait d'une poignée de bobos parisienNES: pour simplifier, être pédé ou être pédé-friendly, c'est tellement hype que touTEs les pro-égalités le font, sans autre motivation que d'être...hype. Bien sûr. (les lesbiennes n'existant pas bien entendu, ces gens ayant les yeux rivés sur le Marais qui selon eux est peuplé de folles tordues) Il n'y a donc pas de population ni de famille LGBT en province, en banlieue, ailleurs qu'à Paris. Allez dire au jeune homme qui s'est suicidé à quel point c'est tendance d'être pédé. D'étre stigmatiséE, violentéE, harceléE, criminaliséE, accuséE de terrorisme, de pédophilie, de zoophilie.

Dès lors, de par mon engagement LGBT (et parce que je suis la doyenne d'Etudions Gayment, un titre honorifique dont je suis très fière) je suis raviE d'être une "bobo parisienne". Après tout, j'ai eu qu'une seule fois les huissiers au derche, mon beau-père ouvrier retraité qui roule sur l'or (c'est bien connu les ouvrierEs se torchent avec des biftons de 50) finance mes études inutiles je ne suis qu'à une heure (30 minutes avec un train direct) de Paris dans une banlieue qui fait partie de ce qu'un journal de bobos qualifie de "France moche", je n'ai AUCUNE idée de ce que galérer veut dire, j'ai épousé un riche bobo-hipster (si, je suis désolée, il a une barbe et des fringues ironiquement moches, sauf que lui n'a pas encore bien saisi l'ironie de la chose mais passons) prolo qui gagne tellement de pognon qu'on rembourse encore le crédit de notre appart'rive gauche (ben si, on a vue sur les cheminées de Porcheville, on est à gauche de la Seine si on arrive par l'A13) et qu'à bac+8 je me paye le luxe de faire des stages pour tromper mon ennui, parce qu'épousseter mes lingots et compter mes stock-options ça va bien cinq minutes.

Je ne me fais PAS DU TOUT regarder de haut par mes corréligionnaires qui font leur compote eux-mêmes avec des fruits achetés au marché de Réaumur-Sébastopol, qui me demandent toujours d'un air désolé pourquoi je croupis dans ma station pyro-balnéaire alors que merde, je pourrai rouler en vélib' en écoutant Bénabar.

Je ne suis donc absolument pas au fait de la réalité de ces classes populaires qu'on voudrait bien endormies, abruties par une domination capitaliste hétéro-patriarcale blanche. De toutes façons, si d'aventure j'ouvrais ma gueule, je serai pas crédible: les banlieusardEs, ce sont de grands enfants qui fantasment sur le gros 4x4 qu'ils pourraient se payer en participant au Juste Prix. La majorité des classes populaires ne cherche plus à renverser la domination, mais à accéder à la classe dominante. La Française des Jeux enregistre une participation record, on pousse les gens à la possession frénétique de biens qui les rapprochent socialement des riches, on leur fait miroiter l'ascension sociale par la facilité: comment blâmer des gaminEs à qui on montre des jeunes à peine plus âgéEs qu'eux se faire du fric en faisant du rien dans les émissions pourries d'NRJ12, le grand cirque humain de la désincarnation de l'image (et de l'estime de soi) qui devient un échelon d'une échelle sociale moins chiante que le soudage à l'arc dans une usine d'où tu te feras dégager avec en guise de prime de départ un coup de pied au cul et des traites toujours plus nombreuses à payer? Et pourquoi s'emmerder à réfléchir quand celles et ceux qui ont réussi selon les critères sociaux du capitalisme clament haut et fort qu'ils/elles n'ont pas honte de faire des fautes de grammaire et ne lisent rien?

La culture n'est plus aujourd'hui, le lieu de la lutte des classes pour l'hégémonie. L'érudition (à quelque niveau que ce soit) n'étant plus un moyen d'élévation sociale concluant, a été délaissée, ce qui réjouit les classes dominantes: souvenez-vous, réfléchir, c'est déjà désobéir.

Alors on fait quoi? On-lutte-des-classes ou on se tripote? Perso, je suis un peu fatiguée...

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17 janvier 2013 4 17 /01 /janvier /2013 14:30

J'avais promis de nouveaux articles divers et variés et fort distrayants. Nonobstant, voyant chaque jour l'ignominie se parer de ses plus beaux atours et nous asséner sa haine et sa bêtise avec une régularité qui à défaut du respect force la circonspection, je ne pouvais pas passer à côté d'une nouvelle occasion de me foutre de la gueule de nos amis-pas-homophobes-mais-pas-de-droits-pour-les-gouines-et-les-pédés-faut-pas-pousser-mémé-dans-les-orties (elle a pas de culotte).

A celles et ceux qui crieraient à l'acharnement je leur répondrais que si elles/ils voulaient qu'on leur foute la paix, elles/ils n'avaient qu'à pas descendre dans la rue pour donner un avis qu'on ne leur a pas demandé, étant donné que la loi ne les concerne PAS. 

L'objet de consternation du jour vient de ceci : saluons le courage de ce valeureux jeune homme qui a bravé le froid et les homophobes s'ébattant joyeusement sur des pelouses qu'elles/ils ont saccagées (et en plus elles/ils refusent de payer les rapiatEs)pour recueillir leurs arguments pas piqués des hannetons.

Mais attention ON N EST PAS HOMOPHOBES HEIN.

Vous êtes naturellement invitéEs à voter pour votre préférée dans cette petite sélection qui suinte PAS DU TOUT la haine.

Rappelons à toutes fins utiles que l'incitation à la haine et l'homophobie sont des délits.

 

1) Tu penses quoi du droit d'adoption par les homosexuels?

"Un enfant a besoin d'un papa et d'une maman. Implicitement, le mariage ouvre les portes à l'adoption pour les couples homos et ça c'est inadmissible. Je ne trouve pas normal que des parents non biologiques aient les mêmes droits que les parents biologiques sur un enfant."

Donc on devrait interdire l'adoption pour les couples hétéros aussi alors...

 

2) Et que pensez-vous de leur accorder le droit d'adopter?

"Ca fait très longtemps que mon amie attend de pouvoir adopter un enfant, donc priorités aux personnes normales et puis on verra plus tard pour les homosexuels. Avec des parents homosexuels, l'enfant va subir des moqueries à l'école et ne poura jamais évoluer sainement"

Les personnes "normales".....Comme Madame B. par exemple? Qui sont mariées avec leur cousin germain?

http://media.tumblr.com/29f7c55752b3bb0a268973804741d9e3/tumblr_inline_mgo4jqmOco1rozlds.gif

 

En ce qui concerne les moqueries, c'est le moment de ressortir le shéma magique:

http://sphotos-a.ak.fbcdn.net/hphotos-ak-prn1/644015_10151087726836501_228211855_n.jpg

3) Qu'est ce qui t'embête dans le projet de loi de la ministre de la Justice Christiane Taubira?

"Alors déjà je tiens à préciser qu'on est pas du tout homophobe (Noooon, bien sûr que nooooooon) On ne s'oppose pas au fait que deux personnes du même sexe puissent s'aimer. (Mais qu'elles aient des droits, ça non) Mais en France, le mariage permet de justement protéger les enfants.

Ah merde, mes potes qui se sont reproduits hors-mariage sont des tortionnaires. En revanche, les familles dans lesquelles les enfants sont violés, torturés, battus et autres protègent les enfants de fait, si les parents sont mariés. Bonne nouvelle.

"donc, si on laisse passer le mariage homosexuel, ça sera la porte ouverte à l'adoption des enfants par des homosexuels, ce sera donc la porte ouverte à la PMA et à la FIV."

Oh ben oui la FIV c'est pas comme si ça existait en France depuis 1982. Coucou Amandine, le premier bébé-éprouvette français, tu es une abomination.

OK. Si un jour un de tes enfants est homosexuel, tu lui diras quoi?

Eh bien je leur dirai que...très bien, tu fais ce que tu veux, mais tu ne te marieras pas et tu n'auras pas d'enfants. (Quelle belle leçon de tolérance)  (...) De toutes façons je lui donnerai une éducation qui évitera ce genre de problème!

Aaaah ben la voilà la solution! En fait, les homossessuels sont le fruit d'une éducation foireuse! Tout s'explique.

http://images.s2000typer.multiply.com/image/1/photos/108/500x500/49/facepalm.gif?et=JTjJ0pgmqOjt7cx8S3mxDg

 

4) "Moi je pense que le mariage va mener à l'adoption des enfants, et que ça risque de les traumatiser. Les enfants vont devenir comme eux: homosexuels"

http://media.tumblr.com/tumblr_lo6o70KBpe1qane72.gif

Ooooooooooooook. Reprenons parce qu'on tient un champion, là.

Les enfants qui auront des parents gays deviendront gays.Ca veut dire que tous les gays actuels ont des parents gays. OU alors, si les hétéros font FORCEMENT des hétéros, il ne devrait pas y avoir d'homosexuelLEs.

Et si vous n'êtes pas homophobes, comme vous le prétendez, pourquoi ce serait un problème que des enfants soient gays?

 

4-bis) (Même champion) "On ne peut pas les [les enfants]fabriquer chimiquement, sinon ce n'est pas un enfant réel"

Re-coucou Amandine-premier bébé éprouvette et toutes celles et ceux qui ont suivi, vous êtes des enfants chimiques. En fait, vous êtes du gaz selon les homophobes. 

 

5) "Je viens de revenir de Martinique où l'on m'a retiré la garde de mon enfant (le pauvre gosse a échappé au défilé. Finalement les services sociaux font leur boulot des fois). Et c'est pour ça que je suis venue manifester: je ne veux pas que des pédés puissent adopter mon enfant". (Mais non, ils sont pas homophobes on vous a dit, rooo)

(...) On ne leur dit rien quand ils s'embrassent dans la rue ou se tiennent par la main" (vous êtes trop bon-nEs avec ces dépravéEs, si j'étais vous je leur balancerai de la neige carbonique) Mais de là à vouloir se marier et salir la religion!

C'est vrai que vous ne salissez rien du tout vous autres avec vos arguments dégueulasses....c'est une haine étrangément sale, une haine qui aurait servi à essuyer les crachats de vos amalgammes plus que douteux.

 

6) "Avec des parents comme ça l'enfant va grandir et devenir pédé. C'est automatique, il prend exemple sur ses parents"

http://ruggerjay.typepad.com/.a/6a00d8341cf11753ef0148c809ea68970c-320wi

 

Ben si l'enfant prend exemple sur ses parents, on serait tous hétéros, vu que l'un de leurs arguments principaux c'est qu'un enfant vient d'un homme et d'une femme hétéros et que les gays peuvent pas se reproduire. Donc impossible de produire des enfants gays, non?Aaah je fonds, je fonds!!!!!

http://chrisabraham.com/wp-content/uploads/2011/06/truer-words-have-never-been-spoken-20309-1309048406-43.jpg

 

NB: pour ces taréEs les lesbiennes n'existent pas hein.

 

A vos votes!

 

Et pour respirer autre chose que la connerie ambiante lisez ça et puis ça aussi. Et ça.

Et n'oubliez pas de réserver votre Bunker.

 

Bisous.

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13 janvier 2013 7 13 /01 /janvier /2013 13:16

J'ai coutume de dire "ce qui se conçoit bien s'énonce clairement"(c'est pas de moi) , d'où ma volonté de toujours expliciter le plus possible les propos que je tiens ici. Cependant, il semblerait que des termes simples et des évidences restent encore obscures pour une catégorie de personnes: les homophobes qui n'assument pas. (HQNAP)

A la demande de ma loutre d'agrément, fatiguée de déployer des trésors de patience, de sémantique et d'explication didactique à une poignée d'individus je m'en vais donc tenter d'éclaircir les choses. Je tiens à féliciter également mon Petit Dernier qui lui aussi a tenté d'expliquer calmement à ces mêmes individus que si on manifeste CONTRE l'égalité des droits, on est homophobe. Ce qui paraît évident de prime abord mais ne semble pas l'être pour tout le monde. Vous remarquerez au passage qu'il y a des garçons hétéros qui se mobilisent pour l'égalité des droits, preuve que l'Humanité n'est pas totalement foutue.

Commençons par le commencement.

Il est amusant de voir comment les HQNAP sont subitement très attachés au droit fondamental de manifestation. Aussi peut-on lire des choses rigolotes du style "ah bon et depuis quand manifester est homophobe? Vous êtes contre la manif Pour tous (appelée dans le jargon des islamo-gauchisto-stalinoïdes libertifères que nous sommes, nous autres pro-égalité, "facho-pride") vous êtes contre le droit de manifester, vous êtes des fascistes".

Si vous n'êtes pas très au fait des tendances rhétoriques depuis la Grèce Antique, disons que ce type d'argument s'inscrit dans la lignée du sophisme suivant:

Mise en situation dans un contexte de débat intensif sur un chandail.

Monsieur Ficus: je n'aime pas du tout cette matière, on dirait de la moquette.

Ficus: c'est toi la moquette.

Impressionnant, non?

De fait les HQNAP pensent nous river notre clou à nous autres les fachos de gauche en nous mettant le nez dans notre caca.

Sauf qu'à aucun moment nous ne remettons en cause le droit de manifester. Nous ne remettons même pas en cause le droit à l'homophobie. Nous usons de notre droit à manifester pour dénoncer cette homophobie, donc nous ne sommes pas contre les manifestations.

Notons également que tous ces fervents défenseurs de la liberté d'expression se découvrent soudain des vélleités révolutionnaires alors qu'on les trouvait plutôt du côté de celles et ceux qui nous crachaient dessus quand on descendait dans la rue, à grands coups de "c'est pas la rue qui gouverne". Soit. Ils ne sont pas à une contradiction près.

Ce que nous dénonçons, c'est l'OBJET de la manifestation: ce n'est pas le MOYEN, c'est la FIN.

Les gens qui ont manifesté pour les droits civiques aux côtés de Martin Luther King étaient pour les droits civiques.

Les gens qui ont manifesté pour le droit de vote des femmes voulaient que l'on accorde le droit de vote aux femmes.

Quand on participe à une manifestation contre la réforme des retraites, on veut le retrait de cette réforme.

Quand on manifeste contre l'égalité des droits pour les couples du même sexe, on refuse que des droits soient accordés à ces couples.

C'est pas plus compliqué que ça.

Les HQNAP ne se démontent pas pour autant et continuent de prétendre qu'elles/ils ne sont pas homophobes.

Prenons un exemple simple.

Les gauchers sont une minorité. On n'a rien contre eux, ils font ce qu'ils veulent, mais s'ils veulent les mêmes droits que tout le monde, ils n'ont qu'à être droitiers.

Pourquoi?

Parce que c'est le modèle de société. La preuve, si être gaucher était normal, ils seraient majoritaires.

Donc, il faut sanctionner les gauchers pour leur marginalité. 

Mais ils n'ont pas choisi d'être gaucher.

Ben tant pis pour eux. Si on commence à leur donner les mêmes droits que tout le monde, ça va être le bordel, ça va détruire le modèle de société droitière reconnu par Dieu, c'est la porte ouverte à toutes les déviances, qu'est-ce qui empêchera les ambidextres de demander des droits à leur tour?

Et puis ils ont déjà les ciseaux pour gaucher, preuve qu'on est quand même sympa avec eux.

Ca vous paraît débile? C'est normal, ça l'est.

 

Le nouvel angle d'attaque des HQNAP, c'est la filiation. La sacro-sainte filiation. Donc si l'on suit leur raisonnement, les couples hétérosexuels qui ont recours à la PMA (Procréation Médicalement Assistée) et à la GPA (Gestation Par Autrui, qui est interdite en France) devraient être sanctionnés aussi.En fait, toute personne n'ayant pas les capacités requises pour procréer, quelque soit son orientation sexuelle, devrait s'abstenir. On fait quoi, on annule toutes les procédures d'adoption aussi? (perso, ça m'arrangerait mais je ne prend pas mon cas particulier comme un modèle immuable et un argument incontestable, moi)

Les HQNAP parlent de "droit à l'enfant": si l'on suit leur raisonnement, les hétéros qui adoptent un enfant offrent un foyer à unE pauvre petitE malheureux/se, tandis que les couples gays qui adoptent un enfant ne font que satisfaire un besoin superficiel faute de soldes suffisement intéressantes sur les sacs au BHV du Marais.

Pour avoir vu des couples de bobos hétéros se montrer fièrements leurs petites Chinoises respectives achetées (pardon, adoptées) directement chez le producteur local lors de la fête annuelle de la Famille Adoptive Française, excusez-moi, je pouffe.

Selon les HQNAP, il y a UN modèle de famille: la famille hétéro et patriarcale. Donner des droits à des gens qui ne se conforment pas à ce modèle, selon eux, signe l'arrêt de mort de la famille traditionnelle. Pensez-y les parents célibataires, les parents qui n'ont aucune filiation biologique avec leurs enfants, les familles recomposées, les familles de coeur, c'est-à-dire celles que l'on choisit, vous êtes une menace.

Et puisqu'elles et ils sont si attachés à la filiation, les HQNAP devraient arrêter d'user de l'argument-inceste:

"Si l'on se fonde uniquement sur l'amour pour légaliser une union, alors qu'est-ce qui empêche un père de se marier avec sa fille, un frère avec son frère, ta mère avec son chien? (le chien fait partie intégrante de la famille lui aussi après tout)" Ben, ce qui l'empêche mes bons amis, c'est justement la filiation. Remarquez les unions cousins-cousines ne sont pas illégales en France, n'est-ce pas Madame Boutin? Votre mariage est illégal dans plusieurs Etats américains, en Inde et sûrement ailleurs. Vous verrez ce que ça fait d'être considéréE comme contre-nature si jamais vous voyagez dans ces contrées lointaines.

J'aime assez cet argument qui rappelle insidieusement que le mariage ne doit pas être fondé uniquement sur l'amour. Je m'en vais le signaler à Monsieur Ficus:

Ficus: en tant qu'hétéros, notre mariage est valide aux yeux de dieu et tout à fait conforme.

Monsieur Ficus: mais on n'y croit pas en dieu, nous. On s'est mariés parce qu'on s'aime et parce qu'on va mettre à mal la suprématie de la race blanche si jamais on se reproduit, j'te rappelle. T'as pas lu les petits caractères ou quoi? 

Ficus: oui mais qu'on s'aime, on s'en fout, le mariage c'est pas fondé uniquement sur l'amour, hein.

Monsieur Ficus: t'as raison, nous on a fait ça pour les impôts.

Ficus: c'est pour ça que les LGBTs devraient pas se marier, ils/elles voudraient accéder aux mêmes droits que nous sous prétexte qu'ils s'aiment, c'est pas suffisant!

Monsieur Ficus: ouais, le mariage ça se mérite. Nous nous sommes engagés à avoir une vie chiante, à perpétrer notre lignée et à contractualiser notre vie commune, c'est tout.

Ficus: surtout que si on leur accorde le droit de faire comme nous, notre mariage sera vidé de son sens, ce sont les HQNAP qui l'ont dit. 

Monsieur Ficus: ça veut dire que si la loi passe, le mariage tel qu'on l'a connu sera totalement invalidé? On sera plus mariés? Je pourrai enfin me taper ta soeur!

Ficus:...

Monsieur Ficus: finalement je la trouve pas si mal cette loi, si c'est bien la dégénérescence de la famille qui nous guette je serai débarassé de toi. Faut que je profite encore un peu de mes privilèges d'homme marié hétéro qu'on va bientôt m'enlever: j'ai faim, Femme, vas me faire un cassoulet.

Ficus: c'est toi le cassoulet.

 

Et puisque j'évoque mon mariage de rêve, j'en profite pour rappeler qu'à une époque pas si lointaine, les mariages entre personnes de couleur différente étaient proscrits, stigmatisés et agités comme une menace. J'ai vu des autocollants délicieux mentionnant que "le métissage est une abomination contre-nature" (sic). J'ai entendu des gens affirmer qu'ils n'étaient pas racistes, mais qu'il valait mieux se marier entre personne de même couleur sous prétexte que c'était "plus naturel".

L'argument-nature étant agité par les HQNAP aujourd'hui.

Retournons à l'état de nature alors, ça fera plaisir à Rousseau depuis sa tombe. S'habiller n'est pas naturel, après tout la Nature (enfin dieu) a pourvu aux éventuels problèmes climatiques en nous pourvoyant en poils. Déféquons par terre et en public, le papier-cul n'est pas naturel, les cuvettes en faïence non plus. Ne faisons plus cuire notre nourriture, la transformation de la matière première n'étant pas naturelle. Quitte à être con autant l'être jusqu'au bout.

 

En général les HQNAP, qui commencent à être à court d'accusations visant à vous décrédibiliser (je reviendrai sur l'accusation de boboïsme dans un prochain article)sortent de leur chapeau les Gays contre l'Egalité des Droits.

Vous voyez bien qu'on peut pas être homophobes nous les anti, on a des gays parmi nous!

Outre le fait que ces personnes doivent particulièrement apprécier de défiler aux côtés d'homophobes assumés qui les traitent régulièrement de pédophiles et de malades, il est tout à fait possible d'être gay et homophobe, tout comme certaines femmes sont sexistes et pensent que leur place est dans une cuisine, qu'être une vraie femme implique d'avoir des enfants, tout comme il existe des Noirs et des Arabes racistes qui pensent qu'ils doivent se fondre dans la masse selon des critères ethnocentristes et post-colonialistes qu'ils ont intégré. Oui, des gens intègrent parfois leur oppression et culpabilisent d'être ce qu'elles/ils sont, au point de tout faire pour rentrer dans les normes fixées par notre société hétéro-patriarcale ethnocentrée. C'est triste, mais ce n'est pas pour autant qu'elles/ils ne participent pas à l'homophobie, au sexisme et au racisme.

 

Si malgré tout les HQNAP continuent de vous affirmer qu'elles/ils ne sont pas homophobes, inspirez un grand coup, armez vous de patience et résumez-leur la chose, avec des mots simples et à leur portée:

Si vous assistez ou soutenez la Manifestation contre l'Egalité des Droits

=>vous êtes contre la loi visant à légaliser le mariage et l'adoption pour les couples du même sexe.

=>vous affirmez donc votre conviction selon laquelle les couples du même sexe n'ont fondamentalement pas le droit d'avoir les mêmes droits que les couples hétéros.

=>Pourquoi?

=>Parce que ce sont des couples homos.

=> donc vous pensez que leur orientation sexuelle leur interdit l'accès à ces droits.

=> vous pensez donc que l'hétérosexualité est plus digne de droit que l'homosexualité.

=>ce qui signifie que pour vous, l'hétérosexualité est supérieure à l'homosexualité.

=> vous discriminez des individuEs en raison de leur orientation sexuelle.

=> ça s'appelle comment, ça?

 

Osez encore dire qu'on est dogmatiques quand on est pro-égalité.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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7 janvier 2013 1 07 /01 /janvier /2013 09:55

"Bien-être: état produit par la contemplation des ennuis d'autrui"

Ambrose Bierce

 


Une nouvelle année merdique succède à une année pourrie en attendant une prochaine année de chiasse.
Pas de quoi célébrer le cours normal et monotone de l'infinie torture admise du Temps qui file entre nos doigts.
Pourquoi fêter la Nouvelle année?

Autant fêter le soleil quand il se lève, la terre quand elle tourne (même que c'est pas évident vu qu'elle est plate et bleue comme une orange-le nouveau courant littéraire de 2013 c'est le surréalisme obscurantiste,moitié Eluard, moitié Torquemada, inutile de préciser qu'on va se poiler) et le chauffage au sol quand il s'arrête pile à la frontière entre le couloir et la chambre à coucher où il fait tellement chaud qu'une junte marxiste colombienne vient juste d'y prendre ses quartiers.
L'année commence moche et à peine évacués les relents de l'année précédente dans un tourbillon de Canard WC comme une métaphore scatologique du temps assassin contre lequel on ne peut rien, dûs à l'absortion massive de picole bon marché mais un peu haut de gamme quand même parce que bon, c'est la fête et puis c'est pas les trois pauvres pétards (à moins que ce ne soient les fusillades, en banlieue-pourrie-kärcher on sait jamais vraiment) qui vont nous mettre d'humeur festive, aidons z'un peu le destin avec du champagne rosé qu'on finira dans la semaine en bouffant des restes parce que merde c'est la crise et ces trucs là ça se garde pas, tu comprends faut pas gâcher, à peine évacués les dit relents donc, parce que tu fais des phrases à rallonge quand tu décuites pendant une semaine en te terrant chez toi dans l'espoir d'échapper aux "bonne année hein, et puis la santé aussi, c'est le principal hein" tu veux passer à autre chose mais l'Univers-enfin le microcosme pitoyable qui t'en tient lieu-en a décidé autrement.
De là tu constates amèrement que d'une année à l'autre l'Univers n'a pas fini de te faire chier au propre-enfin au sale-comme au figuré; constat lamartinien que tu répands toujours dans tes waters en te lamentant comme Alphonse au bord de son lac parce que quand tu te vidanges après les fêtes le temps suspend son vol mais pas ton système digestif.
Tu te dis que les réseaux sociaux surenchérissent l'ignominie; entre deux "bonnes années" et des textes d'une platitude exécrable qui feraient passer la Belgique pour la Cordillère des Andes, tu tombes sur des photos de gens que tu méprises en flagrant délit de bonheur et ça t'emmerde parce que t'aimes déjà pas le bonheur des autres alors les autres que tu n'aimes pas t'aimes pas les voir heureux ça te dégoûte-comme les bébés. Et ça te fait perdre toute notion syntaxique.
Tu décides alors d'envoyer tes voeux à qui de droit, c'est-à-dire aux personnes à qui tu te dois de lécher un tant soit peu le fondement pour te rappeler à leur bon souvenir et aux pieds desquels déposer ta dignité ne te pose pas vraiment de cas de conscience. Conscience évacuée avec le reste de l'année précédente dans un ouragan de déjections diverses comprenant les escargots et la bûche au gras. (C'est bon la bûche au gras).
Tu te demandes, perplexe, si paradoxalement la période de l'année où tout le monde est sensé faire semblant d'en avoir quelque chose à foutre du reste de l'humanité n'est pas au contraire la plus monstrueuse débauche de haine juste derrière la fois où une rombière a embarqué le dernier exemplaire de Watchmen sous ton pif chez ton libraire en se délectant de ta déconfiture. Si, elle se délectait, elle avait parfaitement conscience de ce qu'elle faisait la grognasse.
Considérons un instant les fêtes de fin d'année pour ce qu'elles sont: l'obligation morale de se soucier (de simuler le souci, faut pas déconner) des autres: alors commence le chantage affectif implicite et le tri sélectif de tes "relations".
Et quand tu vois le peu de considération qu'ont les gens pour toi, cela te confirme ce que tu savais déjà, mais
que les fêtes-de-fin-d'année mettent un point de déshonneur à te rappeler: personne n'en a rien à foutre de toi et tu n'en as rien à foutre de personne.
C'est ce que l'on appelle communément dans le jargon: la vie.
Les "gens", cette immonde masse grouillante à l'affût de ton hypocrite affection comme autant de charognards sur un cadavre alcoolisé, seraient presque déçus de te savoir encore en vie: cela signifie que tu n'as AUCUNE EXCUSE pour n'avoir point participé à ces grotesques festivités. La raison est simple: je déteste tout le monde avec un sens de l'équité qui m'honore.

Mais vous, cherEs ficussonautes, je vous aime bien, alors cette année je continuerai de vous gâter. Des articles tout neufs arrivent très bientôt avec en prime une surprise en partenariat avec La Bonne Fée. Autant vous dire que cette année je me fous pas de vous  alors j'attends mes étrennes. (je prends les chèques, le liquide,  la carte avec code, le livret A, tickets-resto, organes humains)


Bonne année de merde à tous, et la santé surtout, c'est important la santé hein.

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Published by Ficus
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